04 juin 2008
La liberté
La liberté est communément perçue comme la satisfaction immédiate et sans entraves de ma volonté, comme un « je fais tout ce que je veux ». Mais cette volonté qui se pense comme le critère absolu de la liberté me semble bien loin d’être libre : En effet, elle opère en totale soumission à mes impulsions du moment, mes instincts indomptés, la valeur tout arbitraire que je donne à la situation présente...
C'est un long et pénible travail d'extirper chacune de ces volontés qui nous travaillent bien souvent à notre insu et ne nous offrent qu’une mascarade de liberté. En effet, ces volontés sont d’autant plus trompeuses qu’elles ne se prétendent libérées de toutes lois qu’en se soumettant d’autant plus à la domination arbitraire du plaisir à courte vue .
Ne faudrait-il pas que la liberté se vide d’abord de tout l’égoïsme du moi pour pouvoir se déclarer libre ? Débarrassée de ce maître borné et réducteur, elle peut alors envisager d’opérer un choix véritable, un choix en dehors de tout "je veux" et de tout "tu dois" qui est son pendant nécessaire.
Un choix véritable, je l’appelle un engagement vers ce qui m’appelle et me porte au-delà de moi-même ...
Je ne puis donc pas dire "je suis libre », sans dire en même temps et du même tenant : "je me suis engagé"
17 mai 2008
La littérature peut-elle s'emparer de tout?
Responsabilité de l'écrivain:
"Tout est sujet; tout relève de l’art : tout a droit de cité en poésie"
écrivait Victor Hugo dans Les Orientales.
Et Marie Gobin écrit : « Si les romanciers ne peuvent plus représenter l'interdit dans leurs ouvrages, ou s'ils n'ont plus le droit de faire effraction, la littérature risque de s'appauvrir considérablement. C'est faire peu de cas des ambitions d'un romancier que de penser qu'il embrasse un interdit dans ses écrits par seul goût de la provocation ou par pure stratégie commerciale. Il s'agit avant tout d'explorer d'autres mondes. [...] C'est le droit - et peut-être même le devoir - du romancier que de se colleter avec l'abîme. »![]()
Est-il si sûr qu’ils aient ce droit-devoir ? N’ont-ils donc aucune responsabilité quant aux conséquences de leurs actes d’écriture ?
L’Art, le suprême Art, justifie-t-il tout, de la même façon que la Science justifie, aux yeux de certains, les pires expériences ?
Ces nouvelles Déités font ainsi office de nouveaux dieux Baal à qui l’on se doit de sacrifier les valeurs et l’âme humaines...
Responsabilité du lecteur
Le roman, aujourd'hui, bénéficie plus que jamais d'une immunité quasi absolue, et s’il y a censure, elle n’émane plus que d’associations, donc de la société civile .
Certains auteurs font d’ailleurs de la censure une aubaine. Christian Salmon, responsable et fondateur du Parlement des écrivains, dénonce:
« ces petits romanciers [...] ne rêvent que d'une chose, c'est d'être traînés en justice pour faire parler d'eux et attirer l'attention publique sur leur maigre production éditoriale.»
Et que penser alors des livres où certains criminels font état, et étalage, de leurs forfaits avec complaisance ? Ces publications ne semblent heurter personne...
Nous, lecteurs, ne sommes-nous donc aucunement responsables de cette promotion du pire ? Il suffirait pourtant de n’acheter aucun de ces livres pour que le courant aussitôt s’éteigne...

